Pourquoi les pensées intrusives reviennent toujours… et pourquoi c’est normal.

« J’ai encore ces pensées intrusives… donc je n’avance pas »

Pendant longtemps, j’ai cru que le retour des pensées intrusives signifiait une chose très simple : malgré mes efforts, mes lectures, mes tentatives pour aller mieux, j’échouais.et je ne guérirais jamais

Chaque fois qu’une pensée, violente, absurde ou effrayante revenait, je me disais :

« Si ça revient, c’est que je n’ai pas fait ce qu’il fallait. »
Et avec cette idée venait la culpabilité, la peur, et parfois même le découragement.

Si vous lisez cet article, il est très probable que vous ayez déjà pensé la même chose.
Et pourtant, cette conclusion est fausse

Qu’est-ce qu’une pensée intrusive ?

commencons par définir ce qu’est une pensée intrusive.
Un pensée intrusive est une pensée involontaire, qui surgit sans être invitée, souvent à contre-courant de nos valeurs, de nos intentions et de notre personnalité.

Elle peut être :

  • violente

  • sexuelle

  • immorale

  • absurde

  • ou simplement angoissante

Ce qui la caractérise n’est pas son contenu, mais la peur qu’elle provoque en nous

Contrairement à une idée reçue très répandue, ces pensées ne sont ni des envies,
ni des pulsions cachées, ni un signe que quelque chose de grave sommeille en vous.
Les pensées intrusives sont un mécanisme normal du cerveaux

Mais alors, pourquoi les pensées intrusives reviennent-elles toujours ?

1. Parce que le cerveau humain produit des pensées en permanence

Le cerveau n’est pas un filtre parfait.
Il génère des milliers de pensées par jour (environ 60 000) et la plupart sont sans importance.

La différence, chez une personne souffrant de TOC ou de troubles anxieux, n’est pas la présence de pensées intrusives…mais l’attention extrême qui leur est accordée.


2. Parce que la peur leur donne de l’importance

Lorsqu’une pensée intrusive apparaît, la réaction instinctive est souvent :

  • « Pourquoi ai-je pensé ça ? »

  • « Et si ça voulait dire quelque chose ? »

  • « Je dois m’en débarrasser immédiatement. »

À ce moment précis, le cerveau comprend une chose :
Cette pensée est dangereuse.

Et c’est ce mécanisme qui renforce involontairement sa probabilité de réapparition.


3. Parce que lutter contre elles les ancre davantage

C’est l’un des paradoxes les plus cruels des pensées intrusives :
plus on essaie de les contrôler, plus elles s’imposent.

Nous mettons en place des stratégies pensant bien faire, et c’est normal, mais en réalité elle entretiennent le problème :

  • se rassurer mentalement

  • vérifier ses intentions

  • éviter certaines situations

  • analyser la pensée encore et encore

  • chercher une certitude absolue

Ces tentatives donnent l’illusion d’un soulagement…mais à long terme, elle renforcent le cercle vicieux

Pourquoi leur retour n’est PAS un échec

1. Parce que l’objectif n’est pas leur disparition

L’une des plus grandes erreurs est de croire que progresser signifie ne plus jamais avoir de pensées intrusives.

En réalité, l’objectif est ailleurs. Le véritable objectif est de ne plus leur obéirne plus leur accorder un pouvoir décisionnel.

Une pensée peut être présente… sans qu’elle dirige notre vie.


2. Parce que le cerveau teste ce qui vous fait peur

Lorsque vous commencez à changer votre manière de répondre aux pensées, le cerveau “teste” parfois si l’ancien danger est toujours valable.

Ce phénomène est courant, surtout au moment où l’on progresse.
Ce n’est pas un retour en arrière, mais une phase normale d’adaptation.


3. Parce que la vraie progression est souvent invisible

La progression ne se mesure pas au nombre de pensées, mais à :

  • votre capacité à continuer malgré elles

  • votre tolérance à l’incertitude

  • votre réduction des comportements de contrôle

  • votre retour à une vie plus libre

Ces changements sont souvent discrets… mais profonds.

Ce qui aide réellement (sans promettre de miracle)

Ce qui m’a aidé, et aide de nombreuses personnes, ce n’est pas de “positiver”,
ni de “se forcer à penser autrement”.

C’est d’apprendre à :

  • reconnaître une pensée comme un événement mental, pas comme un message

  • accepter l’incertitude au lieu de la combattre

  • réduire progressivement les réponses automatiques (compulsions)

  • continuer à vivre, même avec l’inconfort

Ce travail est souvent issu de la thérapie cognitive et comportementale (TCC), mais peut aussi s’apprendre progressivement, à condition d’être guidé correctement.

Conclusion – Vous n’avez pas échoué

Si vos pensées intrusives reviennent, cela ne signifie pas que vous avez échoué.
Cela signifie que votre cerveau fait ce qu’il a toujours fait : produire des pensées.

La vraie question n’est pas :
« Pourquoi cette pensée est-elle revenue ? »
mais plutôt :
« Comment vais-je lui répondre aujourd’hui ? »

C’est là que se joue la différence.

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